Térence PHILIPPON / « Les technologies numériques et leurs impacts sur la structure et le fonctionnement des systèmes spatiaux »

01 septembre 2017 par Super Administrateur [TheChamp-Sharing]
Térence PHILIPPON / « Les technologies numériques et leurs impacts sur la structure et le fonctionnement des systèmes spatiaux »

 

Térence PHILIPPON
Doctorant
Début de thèse :
Septembre 2017

 

Terrains d’études :
Amsterdam, Paris, Nice, Barcelone…

 

Thèses en cours

Les technologies numériques et leurs impacts sur la structure et le fonctionnement des systèmes spatiaux

Sous la direction de :
Christine Voiron (Professeur, Université Côte d'Azur, UMR 7300 ESPACE)

Le XXIème siècle semble annoncer une transition vers un siècle de villes numériques, avec un recours massif aux technologies de l’information et de la communication, ce qui met notre perception de l’espace face à de nouveaux paradigmes (Batty, et al., 2012 ; Vidal, 2007). Cette transition a deux moteurs, l’augmentation simultanée de la taille et de l’attractivité des villes, et la croyance dans les capacités des technologies numériques à gérer la complexité croissante des villes (Batty et al., 2012).

Les technologies, notamment de l’information et de la communication, rendent possibles, en effet, des modifications importantes dans la structure économique ainsi que dans l’organisation des territoires (Kitchin, 2014). Le fonctionnement de la ville, en tant que système sociotechnique, qui reposait auparavant sur deux strates, les infrastructures et les services à la population, est désormais bouleversé par l’émergence d’une nouvelle strate constituée du numérique et de la donnée (Batty et al., 2012). Les politiques urbaines des grandes villes misent désormais sur les projets d’infrastructures et d’urbanité « réglables » et optimisées grâce aux outils numériques – capteurs, Big Data, centres de calcul, algorithmes – et promeuvent les propositions d’aménagement de quartiers « intelligents » (Kitchin, 2014). La « ville intelligente » ou « smart city » semble être devenue la norme. Elle se bâtit sur la « digitalisation » par l’internet des objets, à savoir le déploiement de capteurs et de réseaux interconnectés qui s’adressent de l’information via des technologies dédiées, et sur la pénétration des technologies numériques dans les services urbains comme dans le mode de vie des particuliers (Beaude, 2012 ; Kitchin, 2014).

Ces politiques d’aménagement qui font la part belle au numérique, soulèvent cependant un certain nombre de questions (Viitanen et Kingston, 2014 ; Vodoz, 2010). Si le modèle de la ville numérique semble répondre aux attentes des décideurs soucieux d’optimiser la gestion des villes, pour économiser les ressources et maîtriser les dépenses, quelles sont ses retombées réelles sur la qualité de vie des citadins, sur le fonctionnement du territoire (Garnier, 1988), sur les risques ? La vision « techno-positiviste » qui sous-tend ce modèle interpelle. N’y at-il pas un risque de standardisation urbaine, de polarisation des innovations et d’amplification des inégalités socio-spatiales ? Au service de qui est mise cette « intelligence » tirée du numérique ? D’un petit nombre d’opérateurs et groupes internationaux, ou bien des citoyens ? Ces derniers, en s’appropriant de différentes manières l’innovation numérique, ne créent-ils pas une autre forme d’intelligence, l’intelligence collective ?

Parallèlement au développement du modèle normé et top-down de la « ville intelligente », apparaît en effet, un écosystème plus discret, composé de groupes et d’individus qui s’emparent des opportunités offertes par le numérique pour créer des fonctionnements intra-urbains nouveaux de type « bottom-up » (Kitchin, 2013 ; Nouchet, 2017). Nous souhaitons analyser les relations systémiques – interactions et rétroactions - entre l’organisation intra-urbaine et la ville numérique en construction, en focalisant l’attention sur les structures et les dynamiques socio-spatiales porteuses d’innovation et de changements, et sur les transformations dans la matérialité de la ville qui en résultent. Plusieurs questions générales se posent tout d’abord. D’une part, où et comment l’innovation numérique se localise-t-elle dans la ville, qu’elle émane de projets d’urbanisme ou qu’elle soit le fruit d’initiatives spontanées ? Plus précisément, existe-t-il des configurations spatiales particulières qui favorisent l’émergence de l’innovation urbaine via le numérique, et sa diffusion dans la ville ? Comment la ville se transforme-t-elle dans sa matérialité ? Notamment par la création de nouveaux quartiers ou d’îlots dans un cas, ou la diffusion plus discrète de certains changements, comme de nouvelles fonctionnalités du bâti existant, ou de nouvelles organisations de la mobilité dans l’autre cas. D’autre part, est-ce que ces changements modifient réellement l’organisation urbaine existante ? Et si oui, de quelle nature et avec quelle intensité sont les mutations ? Dans un contexte où la durabilité et la résilience des villes sont recherchées, l’enjeu est de déterminer les liens avec les changements d’organisation des villes décelés. Dans quelle mesure la ville numérique sera-t-elle plus résiliente face aux perturbations à venir ? Sera-t-elle capable de s’adapter, ou au contraire sera- t-elle fragilisée par sa dépendance à ces technologies ?

Références bibliographiques

Batty, M., Axhausen, K.W., Giannotti, F., Pozdnoukhov, A., Bazzani, A., Wachowicz, M., Ouzounis, G., Portugali, Y., 2012. Smart cities of the future. The European Physical Journal Special Topics 214, 481–518
Batty, M., 2012. Building a science of cities. Cities, Current Research on Cities 29, S9–S16. doi:10.1016/j.cities.2011.11.008
Beaude, B., 2012. Internet, changer l’espace, changer la société. Edition Fyp, collection Société de la connaissance
Garnier, J.-P., 1988. Les technopoles : des métropoles de déséquilibre ? Quaderni 6, 91–98. doi:10.3406/quad.1988.1893
Kitchin, R., 2014. The real-time city ? Big data and smart urbanism. GeoJournal 79, 1–14. doi:10.1007/s10708-013-9516-8
Kitchin, R., 2013. Big data and human geography : Opportunities, challenges and risks. Dialogues in Human Geography 3, 262–267. doi:10.1177/2043820613513388
Nouchet, M, 2017. Les petites cartes du web. Approche critique des nouvelles fabriques cartographiques. Éditions de la rue d’Ulm, Presses de l’École normale supérieure (70 p.)
Vidal, P., 2007. De la négation du territoire au géocyberespace : vers une approche intégrée de la relation entre espace et TIC, in: BROSSAUD Claire, R.B. [sous la dir. de] (Ed.), Humanités Numériques 1 : Nouvelles Technologies Cognitives et Épistémologie, (Traité IC2, Série Cognition et Traitement de L’information). Hermes - Lavoisier, pp. 101–116
Viitanen, J., Kingston, R., 2014. Smart Cities and Green Growth : Outsourcing Democratic and Environmental Resilience to the Global Technology Sector. Environment and Planning A 46, 803–819. doi:10.1068/a46242
Vodoz, L., 2010. Fracture numérique, fracture sociale : aux frontières de l’intégration et de l’exclusion. SociologieS [En ligne], Dossiers, Frontières sociales, frontières culturelles, frontières techniques, mis en ligne le 27 décembre 2010. URL : http://sociologies.revues.org/3333

 

Infrastructure urbaine et réseaux virtuels, illustration (source : par ArtTower de Pixabay, 2019)